Attentats sur le sol français : quelle stratégie politique ?

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Attentats sur le sol français : quelle stratégie politique ?

Depuis 4 ans, la France est durement touchée par le terrorisme qui malgré l’état d’urgence ne semble pas faiblir et prendre des formes diverses. Notre pays, la France, est indubitablement en guerre face à un adversaire invisible, mutant et opportuniste. Dans ces conditions, peut-on se battre face à un tel adversaire avec les armes de la guerre traditionnelle ? A l’évidence, non. Il faut une vision politique, une stratégie politique nous permettant de penser l’action au-delà des bombes.

Nous ne pouvons que constater que les attentats sont les suites logiques des bombardements en Syrie qui nous ont entrainé en première ligne d’un conflit dont on ne ressortira qu’en reconnaissant que la France s’est trompée. Il faut se poser la question avant tout politique : pourquoi continuons-nous à être la cible de DAECH ? Le monde du Moyen-Orient est en plein désagrégement suite à l’intervention inutiles des Etats-Unis en Irak d’une part, et d’un Moyen-Orient traversé de crises sociales d’autre part.

Ainsi, ce ne sont pas moins de 4 conflits simultanés qui démontrent que la guerre que nous menons est sans issue :

- Sunnites face aux Chiites ;

- Turcs contre Kurdes ;

- Bachar El Assad face au reste du monde ;

- Daech face à l’Occident.

Des conflits complétés par des divisions internes au sein des salafistes. Dans chacune de ces guerres, nous avons un allié qui est un ennemi de nos autres alliés. Une situation éminemment complexe.

Nous n’avions rien à faire dans ce conflit. Les états de la région, l’Arabie Saoudite en tête, doivent se saisir du problème. La créature du docteur Frankenstein, monstre des pays du Golf, a échappé à ses créateurs et nous nous voyons en chevalier blanc de la sécurité internationale alors que les pays du Golf sont absents de la coalition. Actuellement, sans intervenir au sol nous faisons du bombardement « ciblé » : une bombe de 250 kilos ne tue évidemment pas que les terroristes. Ces images d’horreur sont aussi un phénomène d’émendation qui alimente la propagande du salafisme radicalisé. C’est un cercle vicieux qu’il nous faut rompre tout y mettant les formes.

Tout d’abord, reprenons un positionnement indépendant vis-à-vis des Etats-Unis en accompagnant la coalition sans être en première ligne et ainsi catalyser sur la France les principaux griefs. C’est avant tout à l’Arabie Saoudite et au Qatar de mener ce combat lesquels possèdent plusieurs centaines d’avions de chasse. Aujourd’hui, 10 pays arabes se battent au Yémen quand ils ont tous quitté la coalition. L’annonce d’un calendrier de retrait recentrerait nos forces sur notre principal problème : les salafistes Français qui doivent être notre principale préoccupation.

Parallèlement à une réponse politique internationale, la France doit apporter un signe fort sur le territoire. En effet, la deuxième raison expliquant que DAECH s’en prenne à la France est une question d’accessibilité. La France est un pays d’immigration dans lequel on trouve la plus importante communauté juive, arménienne et musulmane de l’Union européenne donc une opinion publique particulièrement sensible à notre diplomatie expliquant que certains étaient prêts à commettre des attentats sur notre sol. Derrière les attentats sur notre sol se dessine la volonté des salafistes radicalisés de créer une suspicion envers les musulmans français alors qu’il y un fossé béant entre ces salafistes et une classe moyenne française de culture musulmane qui réussit, fournit des élites, artistes ou ingénieurs. Face à une stratégie de division, de scission ou même de guerre civile, une vraie politique de contre-radicalisation doit être entreprise associant un discours théologique, social et culturel en insistant sur un discours de dé-victimisation puisque les salafistes surfent précisément sur cette idée de victimisation des musulmans français afin de montrer que le problème de la République Française, ce sont les salafistes et non la communauté musulmane. C’est le chemin vers un Islam de France qui doit mobiliser les élites intellectuelles religieuses et associatives par la base et non par les structures officielles trop souvent dépendantes de pays étrangers. Ces actions doivent contribuer à une véritable mobilisation publique où les associations, gestionnaires de mosquée, imams prennent un rôle de réseau d’alerte avancé. Cette politique de dé-radicalisation doit tarir la source de recrutement. L’acte fondateur de cette parole publique est la définition de la cible : le salafisme djihadiste et non pas le terrorisme international. Cette véritable plateforme de coordination doit aborder les questions essentielles : la formation des imams et la formation d’aumôniers musulmans afin que la radicalisation ne trouve plus sa place dans nos prisons. Saurons-nous saisir cette formidable occasion pour notre société de permettre à l’intelligence de l’emporter sur la manipulation de l’angoisse?

Enfin, notre réponse ne serait être efficace si nous négligerions nos forces de sécurité et de justice. Outre la question des moyens, il faut faire tomber les encore trop nombreuses barrières institutionnelles souvent décriées par les professionnelles eux-mêmes ou les rapports parlementaires. Sur ce thème, le renseignement français est aujourd’hui trop concentré et pyramidal, il a besoin de retrouver de la souplesse au travers d’un maillage du territoire. L’extension du réseau de renseignement au réseau de la gendarmerie est un élément sur lequel il serait intéressant de s’appuyer. L’amélioration de la synergie entre les services de renseignement et la justice est d’ailleurs un enjeu pour notre démocratie. Récemment, l’ancien juge antiterroriste Marc Trévidic évoquait l’affaire Mérah dans laquelle le parquet n’avait jamais eu le dossier des renseignements. Or, il n’y a aucun passage dans la loi sur le renseignement qui évoque la transmission des renseignements aux services judiciaires. Parallèlement, il y a urgence à renforcer les moyens du renseignement lorsque l’on sait qu’il y a autant d’individus à surveiller que d’agents de la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure), symbole d’un sous-dimensionnement évident et problématique sans compter qu’il faut également des officiers de police judiciaire pour procéder aux arrestations.

Une chose est certaine : tant que l’on ne prendra pas conscience de la dimension politique extérieure, une des causes de la mobilisation et de la radicalisation ne sera pas arrêtée.

Le terrorisme ne se combat pas avec la guerre.

Cette politique de dé-radicalisation doit tarir la source de recrutement.

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