L’Allemagne : un modèle vacillant.

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Quel est le pays qui depuis les années 2000 a connu une croissance plus faible que la moyenne de la zone euro, dont la productivité des entreprises n’a que peu augmenté et où deux salariés sur trois ont vu leurs revenus baissés ? Si certains auraient tendance a réponde l’Italie, le Portugal ou la France, il seraient surpris d’apprendre qu’il s’agit de l’Allemagne. Marcel Fratzscher, directeur de l’Institut allemand de recherche économique (DIW), décrie une Allemagne sur une pente descendante au travers de l’Illusion Allemande son dernier ouvrage.

Fratzscher décrit une Allemagne qui vit sur ses acquis et dont les bons chiffres de l’emploi masquent ses points faibles : le manque d’investissement dans les infrastructures de transport et son obsession budgétaire. Entre 1999 et 2012, le DIW estime que le déficit d’investissement représente 3 % du PIB, un record en Europe. Le même institut affirme que pour garder le statut quo et générer une croissance raisonnable, l’Etat fédéral et les entreprises devraient investir chaque année 103 milliards d’euros supplémentaires. De nombreux secteurs manquent d’investissements : les entreprises, transports, transition énergétique, éducation. Assises sur 500 milliards d’euros d’économie, les entreprises allemandes investissent de moins en moins : 21% d’investissements du secteur privé en 2000 et 17 % en 2013.

Au cœur des inquiétudes des entreprises allemandes : l’état des routes, le manque de main d’œuvre spécialisée, la crise de la zone euro, l’augmentation du coût de l’énergie. Certains ont trouvé une solution : l’investissement à l’étranger. Le groupe BMW qui investi 1 milliard d’euros dans une nouvelle usine au Etats-Unis, tout comme le groupe BASF qui profite de la baisse du coût de l’énergie américaine pour investir 1 milliard dans le golfe du Mexique. Dernièrement, toute la direction de la branche énergie de Siemens a été transférée chez l’oncle Sam.

Ponts, autoroutes, routes nationales, écluses, voies navigables et ferrées se délabrent au point qu’il faudrait selon DIW 10 Mds d’euros chaque année.

Les partenariats public-privé sont-ils une solution ? Pas à en croire la cour fédérale des comptes qui sur la base de l’exemple de l’extension de l’A1 entre Brême et Hambourg précise que le projet a été fini plus tôt que prévu mais a couté plus cher que par un financement traditionnel. Mais à l’heure où l’argent public se fait rare et que la rigueur budgétaire limite l’endettement, la tentation se fait grande de confier au secteur privé la construction de routes et de bâtiments.

L’Allemagne dos au mur n’a que peu de solution. Selon Fratzscher, miser sur a transition énergétique et la jeunesse. La première sera un test selon lui pour des responsables politiques qui n’ont aucune expérience dans ce domaine. Pour la seconde, le privé ne compte déjà plus sur l’Etat puisque le groupe BASF a lancé la fabrique du savoir pour court-circuiter le vieillissement de la population et le manque de main d’œuvre qualifiée en mettant en contact les enfants dès le jardins d’enfant avec des sujets scientifiques pour donner envie de travailler dans l’industrie.

Avec ce livre, les Allemands se rendent comptent comment ils mettent eux-mêmes en péril leur avenir et leur prospérité, aurons-nous ce courage ?

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