La Suède est-elle encore un modèle pour l’Europe ?

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Les élections législatives qui se sont tenues dimanche dernier ont rendu un résultat surprenant. L’opposition sociale démocrate emmenée par Stefan Lövfen a battu les modérés de centre droit du Premier Ministre, Fredrik Reinfeldt, lequel a démissionné aussitôt. Des résultats qui confirment les sondages des dernières semaines.

Stefan Lövfen, aborde ses nouvelles fonctions sans grande expérience politique nationale, ni internationale, mais avec un riche bilan de syndicaliste épris de consensus. Comme Premier Ministre social démocrate, il succède donc à Göran Persson, 12 ans après, lequel avait dirigé la Suède pendant 12 ans entre 1996 et 2006, période de réformes mutliples pour le royaume.

Stefan Löfven prend donc les rênes de la Suède sans grande marge de manoeuvre puisqu’il est le Premier Ministre le plus mal élu de l’histoire de son parti avec seulement 31 % des voix. Il n’aura d’ailleurs pas la majorité absolue à cause de la poussée incroyable de l’extrême droite suédoise. Le parti SD (Démocrates de Suède) crédité de 10,5% des voix double son score acquis en 2010 avec 5,7 %. La progression de ce parti rappelle celle d’autres partis d’extrême droite en Europe: Ukip au Royaume-Unis, le Front National en France ou le Parti Populaire Danois.

Alors que la Suède est montrée en exemple partout en Europe au travers de son modèle social, que son économie et ses finances publiques sont en bonne santé, la Suède est, elle aussi, touchée par la montée frénétique du l’extrême droite. L’incompréhension a fait place à la surprise d’autant que le parti extremiste semble avoir fait le plein de voix chez les jeunes. Une amie enseignante dans le royaume a constaté que 50 % de ses élèves avaient vote pour le parti SD alors même que “seulement” 15 % des habitants de la commune ont voté pour ce parti d’extrême droite.

Le journaliste et specialiste de l’extrême droite en Suède, Daniel POOHL, rédacteur en chef du magasine anti-fasciste EXPO, créé par Stieg LARSSON, l’auteur de Millenium, nous livre quelques pistes de réflexion dans son article “Därför SD gjorde ett rekordvall”. Constatant que ce n’est pas une surprise de retrouver ce parti à un tel niveau d’intention de vote, il precise que depuis 2 ans, SD est en pleine revolution malgré quelques scandales xenophobes et le parti canalise aujourd’hui le racisme et l’intolérance dans la société, répondant au désespoir des électeurs en marge qui ont le sentiment que les grands partis ne s’adressent pas à eux et ne parlent pas de leurs problèmes. A l’instar du Front national en France, les cadres de SD ont adaptés leur discours pour les gens puissant voter pour eux sans avoir l’impression d’être extrêmiste au point que 17 % des suédois interrogés lors d’un dernier sondage pensent qu’ils présentent la meilleure politique. Du côté du politologue, Ulf BJERELD, ce vote traduit un affaiblissement des 2 blocs traditionnels du paysage politique. Alors que l’apparition de population Roms dans les rue de Stockholm a créé une polémique, le parti SD a joué avec le sujet de l’immigration. Jan SJUNNESON, éditorialiste à Samtiden, proche du SD, a indiqué que la Suède avait des problèmes avec l’immigration, mais que personne selon lui ne voulait en parler. Pour Andreas JOHANNSON HEINO, politologue, la réponse est dans l’image que les Suédois ont d’eux même, un peuple tolerant et ouvert, une “superpuissance du moralisme” qui crée un décalage entre les électeurs qui pensent que l’immigration et l’intégration sont des sujets importants et les partis qui choississent de ne pas en parler de peur d’en payer le prix fort. Pour lui, dans les semaines qui viennent il faudra aller à la rencontre des électeurs du SD sans se rapprocher de sa politique.

A la lecture des analyses des specialistes de la politique suédoise, on ne peut que constater des similitudes entre la France et la Suède.

Immigration, logement, sentiment de sollitude, manque d’écoute des partis traditionnels, il ne fait aucun doute qu’il est urgent de s’engager dans un renouveau tellement nécessaire à notre vie politique. Alors, bientôt un front commun européen contre l’extrêmisme?

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